La presse honnête" s’est déchaînée à la suite de l’histoire de l’auto volée à Bobigny, et où le fils du vieux Benoît Broutchoux a trouvé la mort, assassiné par un gendarme. Tous les chacals, les véreux, les pisse-copie, à tant la ligne du "pourrissoir", avaient enfin trouvé un aliment d’importance à se mettre sous la dent. De l’Humanité à l’Action Française, en passant par toute la gamme des grands torchons d’information, c’est à qui s’est vautré le mieux dans l’ordure et l’ignominie.
Songez donc ! Germinal Broutchoux, le fils de l’agitateur anarchiste bien connu, abattu au nom de la loi ! Et tous les salauds du journalisme de renchérir avec des histoires à dormir debout sur le passé du vieux compagnon. Passé dont on peut dire qu’il est tout à son honneur, malgré son erreur bolchevisante d’un jour.
Le vieux Benoît aujourd’hui malade, usé par une longue vie de propagande, d’agitation et d’action, doit passer des heures bien amères.
Allons, les vieux, souvenons-nous, nom de dieu!
Il faut que Broutchoux sente qu’il n’est pas seul, dans ces tristes mornents. Un coup d’oeil en arrière, et nous nous rappelons Benoît dans le Pas-de-Calais, faisant en moyenne 6 mois de prison par an et pas au "quartier politique".
C’était la lutte contre les "baslycots", c’était le syndicalisme révolutionnaire, opposé au syndicalisme à l’eau de rose de Basly, Lamendin et Cie. C’est la fondation du syndicat. Et l’agitation continue, n’est-ce pas Dumoulin ?
1911 ! c’est la bataille contre la vie chère. Benoît est encore arrêté, condamné à deux ans de prison, et le procureur général demande pour lui la relégation.
En Saône-et-Loire, à Montceau-les-Mines, là encore Broutchoux mena une lutte ardente pour le véritable syndicalisme contre les Merzet et les Bouverie.
C’était la belle époque. Époque où la foi existait encore chez les militants. On se battait ferme et non pour la "galerie" comme c’est le cas aujourd’hui pour beaucoup.
C’est le Broutchoux du temps passé que je viens de dépeindre que la bourgeoisie n’a pas pu "encaisser".
Après avoir emprisonné et torturé le père, elle vient de faire assassiner le fils pour une futile histoire d’autos volées. Je ne veux pas savoir s’il y a eu vol, ça ne m’intéresse pas, car je ne suis pas "honnête homme". Seuls, les flibustiers de la Snia-Viscosa qualifiés, aujourd’hui, pour donner des leçons de morale et distribuer des "Prix de vertus". Les "Oustricards" de toutes catégories sont certainement bien placés pour reprocher à un homme d’avoir "déplacé" une auto, alors qu’ils ont dilapidé des centaines de millions. Toutes les crapules des bas-fonds de la finance peuvent être contents de leurs larbins de la presse. Ils paient, mais ils sont servis.
Germinal Broutchoux appartenait à une bande organisée, écrivent les "bourriques" du journalisme, il entretenait une danseuse, etc.
Tous les "vieux clichés" qui ont déjà servi dans des circonstances analogues sont sortis une fois de plus. Il avait une maîtresse ! pensez-donc ! Comme Tardieu a Mary Marquet et Sapène Claudia Vitrix…
Le fait brutal est là : un jeune homme de 25 ans a été froidement abattu par un représentant de "l’ordre". Pandores et flics peuvent donner libre cours à leurs instincts meurtriers. Ils seront félicités par les Chiappes, et les sous-Chiappes. Après le meurtre du boulevard Jourdan, c’est celui de Bobigny. Que nous réserve demain ? Et les bourriques ont toujours tué sans le vouloir. L’un a glissé sur une pelure d’orange, l’autre, son revolver est parti tout à coup et comme par hasard le coup porte toujours à la tête. Devant les violences répétées de la dictature policière, il ne s’est pas trouvé dans toute la presse un seul homme assez indépendant pour cracher son mépris à la face des criminels. Jules Vallès et Laurent Taihlade avaient une autre allure ; mais la race est bien morte. Maintenant la "faiseuse de gloire" ne fabrique plus que des lèche-bottes. Le courage n’est pas de rigueur dans les salles de rédaction. Anarchistes, c’est à nous de relever le gant, dénonçons en toute circonstances les crimes des gens de police. Il faut faire le "front unique" de tous ceux qui sont disposés à opposer au droit de tuer des gens de "l’ordre", le droit à la vie pour l’individu.
Pierre LE MEILLOUR. (Le Libertaire, 21 février 1931)
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